—En ce cas, faites partir mon mari, je reste, dit madame de Fontenay avec un charmant abandon.

—Votre main en signe de pacte.

—Oh! non, vous n'êtes pas digne de baiser ma main, après l'abandon où vous m'avez laissée; mon pied tout au plus, ou plutôt ce que les rats en ont laissé.

Et elle déchaussa son pied charmant, son pied d'Espagnole, grand comme la main, sur lequel était visible la trace des dents des rongeurs nocturnes, et le lui donna à baiser.

Tallien le prit tout entier dans ses deux mains, l'appuya contre ses lèvres.

—Je joue ma tête, dit-il; mais que m'importe! je suis payé d'avance.

En ce moment la porte se rouvrit et l'aide de camp reparut suivi du geôlier.

—Amaury, dit Tallien, attends ici l'ordre de sortie de la citoyenne Fontenay. Je vais chercher cet ordre au tribunal, et, lorsque tu l'auras reçu, elle-même te dira où il faut la conduire.

Un quart d'heure après l'ordre arrivait; madame de Fontenay se faisait conduire chez Tallien, et le geôlier écrivait à Robespierre:

«La république est trahie de tous les côtés; le citoyen Tallien vient de faire grâce, de son autorité privée, à la ci-devant marquise de Fontenay arrêtée par ordre du comité de salut public, avant même qu'elle ait été interrogée.»