Elles jouaient au tribunal révolutionnaire.
L'accusée était toujours condamnée, on lui liait les mains, on lui faisait passer la tête entre les barreaux d'une chaise, on lui donnait une chiquenaude sur le cou, et tout était dit.
Cinq des huit femmes qui avaient habité cette chambre partirent successivement pour jouer en réalité sur la place de la Révolution le rôle qu'elles avaient répété dans la chambre de la Force.
Pendant ce temps Tallien, enveloppé d'un manteau, errant autour de la prison où était enfermée Terezia, cherchait à voir sa silhouette chérie à travers les barreaux d'une fenêtre.
Il finit par louer une mansarde de laquelle il plongeait dans la cour où les prisonniers avaient permission de se promener.
Un soir, au moment où elle allait rentrer, et où, par grâce spéciale, le brave Ferney l'avait laissée un instant seule après les autres, une pierre tomba à ses pieds.
Tout est événement pour les prisonniers; il lui sembla que cette pierre avait une signification quelconque; elle la ramassa et trouva un petit billet lié à la pierre.
Elle cacha soigneusement la pierre ou plutôt le billet qui y était attaché. Elle ne pouvait le lire puisqu'il faisait nuit et que la lumière n'était pas permise; elle dormit tenant le billet dans sa main, et le lendemain au point du jour elle s'approcha de la fenêtre et lut aux premiers rayons du matin:
«Je veille sur vous; tous les soirs, allez dans la cour; vous ne me verrez pas, mais je serai près de vous.»
L'écriture était déguisée, il n'y avait pas de signature; mais quel autre que Tallien eût pu écrire ce billet?