Robespierre veut parler, il n'a pas abandonné la tribune, il y est resté cramponné, les lèvres palpitantes, les muscles des joues contractés.
Le rictus de sa bouche est à peine visible tant ses dents sont serrées.
Mais de tous côtés les cris s'élevèrent: À bas le tyran!!!
Le mot d'ordre donné par Sieyès a été tenu. Robespierre ne parlera pas. Donc il ne fera pas de phrases.
Tallien reprend:
—Il n'est pas un de nous qui ne puisse citer de cet homme un acte d'inquisition ou de tyrannie; mais c'est sur sa conduite d'hier aux Jacobins que j'appelle toute votre horreur. C'est là que le tyran s'est découvert! c'est par là que je veux le terrasser. Ah! si je voulais rappeler tous les actes d'oppression qui ont eu lieu, je prouverais que c'est depuis que Robespierre a été chargé de la police générale qu'ils ont été commis tous.
Robespierre fait un effort, arrive presque face à face avec Tallien, et s'écrie en étendant la main:
—C'est faux! je...
Mais le tumulte recommence plus terrible qu'auparavant.
Robespierre alors voit que jamais il ne pourra s'emparer de la tribune, qu'une conspiration la lui enlève; il cherche un endroit d'où sa voix puisse dominer l'assemblée. Il voit la Montagne, descend rapidement les escaliers de la tribune, s'élance parmi ses anciens amis, et d'une place vide veut parler.