—Pouvez-vous me dire en anglais quelque chose de Roméo?
—Et vous, entendez-vous l'anglais?
—J'ai joué la tragédie dans cette langue avant de la jouer en français.
—Eh bien, je vais vous dire alors le monologue de Juliette au moment où le moine lui remet le narcotique qui doit la faire passer pour morte.
—J'écoute, dit Talma.
Je commençai un peu émue d'abord, mais bientôt la puissance de la poésie reprit le dessus, et ce fut avec une certaine poésie que je dis ces vers:
Adieu! le Seigneur sait quand nous nous reverrons.
La terreur sur mon front agite son vertige
Et mon sang suspendu dans mes veines se fige.
Elle se retourne du côté où sont sorties la nourrice
et la signora Capulet.
Si je les rappelais pour calmer mon effroi?
Nourrice! Signora!... Pauvre folle, tais-toi!
Qu'ont à faire en ces lieux ta mère ou ta nourrice?
Il faut que sans témoins la chose s'accomplisse;
À moi breuvage sombre!
Hésitant.