—Écoutez, dit Éva; cette jeune fille qui est venue aujourd'hui avec l'abbé Didier m'a ouvert les yeux sur ce que j'avais à faire. Je voudrais, comme elle, revêtir le saint costume des servantes; je voudrais, comme elle, me vouer au service de l'hôpital fondé sur l'emplacement du château où je suis née. Exigez de moi ce que je peux donner, ou demandez-moi ma vie, souffrez que je me rachète, puisque je n'ai pas le courage d'expier.
—C'est là-dessus que vous avez aujourd'hui consulté l'abbé Didier, n'est-ce pas?
—Oui.
—Et que vous a dit ce saint homme?
—Il m'a dit que c'était une inspiration du ciel, qu'il me soutiendrait, qu'il m'encouragerait dans la voie du salut. Puis ce qu'il m'a dit surtout, et ce qui m'a décidée à vous demander grâce pour le reste d'une pénitence que je n'ai pas la force de faire, c'est qu'une fois par semaine au moins vous viendriez visiter les pauvres et qu'alors je vous verrais.
—Mais vous savez, Éva, que les dignes sœurs ne peuvent posséder, et vous êtes riche encore de plus d'un million.
—Comment faire, Jacques, pour me débarrasser de toute cette fortune? N'avez-vous pas ma procuration générale? donnez ou vendez tout, faites ce que vous voudrez. Ce que vous ferez sera bien fait, pourvu que dans la solitude je puisse me vouer aux pauvres, à Dieu et à vous.
—Réfléchissez bien, Éva; si vous alliez vous repentir après avoir endossé le saint costume des filles de Dieu, il serait trop tard.
—Je ne me repentirai pas, soyez tranquille. Cette fois, je suis sûre de moi, je veux.
—Écoutez, réfléchissez jusqu'à demain cinq heures. Demain à cinq heures nous monterons en voiture, je vous conduirai au château de Chazelay; là vous prendrez une dernière fois conseil de l'abbé Didier et je ferai ensuite à votre égard ce que vous désirerez que je fasse.