—Monsieur le commissaire, dit le seigneur de Chazelay, voilà qui tranche la question. Vous comprenez que la dernière et l'unique héritière d'une maison comme la nôtre ne peut pas épouser le premier venu.

Jacques, à cette insulte, frissonna de la tête aux pieds et releva son front plissé par la colère.

—Oh! mon ami, mon bien-aimé, murmura Éva, pardonne-lui; il ne connaît que la noblesse des hommes et ne sait pas ce que c'est que la noblesse de Dieu.

—Monsieur, dit Jacques redevenant homme, voici Mlle Hélène de Chazelay que, à la vue de tous, je remets entre vos mains. Belle, chaste et pure, digne, je ne dirai pas d'être l'épouse d'un roi, d'un prince ou d'un noble, mais digne d'être la femme d'un honnête homme.

—Oh! Jacques, Jacques, vous m'abandonnez! s'écria Éva.

—Je ne vous abandonne point. Je cède à la force; j'obéis à la loi; je me courbe devant la majesté de la famille: je vous rends à votre père.

—Vous savez, monsieur Mérey, ce que je vous ai dit relativement au payement?

—Assez, monsieur! la population tout entière d'Argenton s'est chargée d'acquitter votre dette: elle m'a nommé membre de la Convention.

—Faites avancer la voiture, Blangy.

Blangy fit un signe, une voiture en grande livrée s'avança; un laquais poudré ouvrit la portière. Jacques Mérey soutint Éva pour descendre les quatre ou cinq marches qui conduisaient à la rue; puis, après lui avoir donné devant la foule un baiser au front, il la remit entre les mains de son père.