Les souverains alliés avaient, le 24 août, pris possession de Longwy au nom du roi de France.

La Commune de Paris, dans laquelle s'était déjà incarné le sentiment de la République, avait exigé de l'Assemblée la création d'un tribunal extraordinaire, et, malgré la résistance de Choudieu, qui avait dit: On veut une inquisition, je résisterai jusqu'à la mort; malgré celle de Thuriot, qui s'était écrié: La Révolution n'est pas seulement à la France, nous en sommes comptables à l'humanité, le tribunal extraordinaire avait été voté.

Il faut dire que, pendant les quelques jours qui venaient de s'écouler, la situation ne s'était point embellie. Le voile de deuil qui couvrait la France s'épaississait de plus en plus; les Prussiens étaient partis de Coblentz le 30 juillet. Ils avaient avec eux toute une cavalerie d'émigrés—ces messieurs étaient trop fiers pour servir dans l'infanterie; ils voulaient bien sauver le roi, mais à cheval. Cette cavalerie montait à quatre-vingt-dix escadrons. Le 18 août, ils avaient fait leur jonction avec le général autrichien. Les deux armées, fortes de cent mille hommes, avaient investi et pris Longwy.

L'ennemi marchait sur Verdun.

La Fayette, républicain en Amérique, constitutionnel en France, La Fayette, qui n'avait pas fait un pas depuis 83, c'est-à-dire depuis l'indépendance de l'Amérique jusqu'au 10 août, c'est-à-dire jusqu'à la chute de la monarchie française et que nous devions, sans qu'il eût fait un pas, retrouver en 1830 tel qu'il était en 1792, La Fayette avait appelé son armée à marcher sur Paris pour y défaire le 10-Août; mais l'armée n'avait pas bougé, et c'était lui qui avait été obligé de fuir, comme plus tard devait fuir Dumouriez, dont il eût fait le pendant dans l'histoire si les Autrichiens, en l'arrêtant et en le faisant prisonnier, n'avaient point donné à Béranger l'occasion de faire ce vers:

Des fers d'Olmutz nous effaçons l'empreinte.

L'Assemblée l'avait décrété d'accusation. Dumouriez l'avait remplacé à l'armée de l'Est, en même temps que Kellermann remplaçait Luckner à l'armée du Nord.

On apprenait en même temps l'insurrection de la Vendée.

À l'est, la guerre du grand jour, la guerre étrangère.

À l'ouest, la guerre des ténèbres, la guerre civile.