La Commune était en permanence.

On sentait que c'était là le cœur de la Révolution; l'air que l'on y respirait donnait l'amour de la patrie, l'enthousiasme de la liberté.

Mais là était le côté brillant, le mirage, si l'on peut dire, de la situation; là étaient les beaux jeunes gens pleins d'ardeur, se grisant à leurs propres cris de «Vive la nation! Mort aux traîtres!» Mais ce qu'il eût fallu voir pour se faire une idée du sacrifice, c'était l'appartement, c'était la mansarde, c'était la chaumière d'où le volontaire sortait! c'était le père sexagénaire qui, après avoir remis aux mains de son enfant le vieux fusil rouillé, était retombé sur son fauteuil, faible, en face de l'abandon; c'était la vieille mère au cœur brisé, aux sanglots intérieurs, faisant le paquet du voyage—et quel voyage que celui qui mène à la bouche du canon ennemi!—et ramassant les quelques sous épargnés à grand-peine sur sa propre nourriture, et les nouant au coin du mouchoir avec lequel elle s'essuie les yeux.

Hélas! nos mères, matrones de la République, femmes de l'Empire, ont toutes eu deux accouchements: le premier, joyeux, qui nous mettait au jour; le second, terrible, qui nous envoyait à la mort.

Tous ne mouraient pas, je le sais bien; beaucoup revenaient mutilés et fiers, quelques-uns avec la glorieuse épaulette; mais combien dont on n'entendait plus parler et dont on attendait inutilement des nouvelles, pendant de longs mois, pendant de longues années!

La Sibérie, qui l'eût cru? était devenue un espoir.

Après cette désastreuse campagne de Russie, où de six cent mille hommes il en revint cinquante mille, on se disait:

—Il aura été fait prisonnier par les Russes et envoyé en Sibérie. Il y a si loin de la Sibérie en France, qu'il lui faut bien le temps de revenir, à ce pauvre enfant.

Et la mère ajoutait en frissonnant:

—On dit qu'il fait bien froid en Sibérie!