Kellermann, convaincu, donna l'ordre de la retraite et le lendemain celui de marcher sur Gizaucourt.

Le 19 au soir, Jacques Mérey entrait au galop dans la ville de Sainte-Menehould, et entrait chez Dumouriez en criant:

—Kellermann!

Dumouriez leva les yeux au ciel et respira.

Il avait vu pendant toute la journée les Prussiens venir, par le passage de Grand-Pré, occuper les collines qui sont au-delà de Sainte-Menehould et le point culminant de la route.

Le roi de Prusse s'était logé à une mauvaise auberge appelée l'Auberge de la Lune, ce qui fit donner à son campement, ou plutôt à son bivouac, le nom de Camp de la Lune, nom que cette hauteur porte encore aujourd'hui.

Chose étrange! l'armée prussienne était plus près de Paris que l'armée française, l'armée française plus près de l'Allemagne que l'armée allemande.

Le 20 au matin, Dumouriez sortit de Sainte-Menehould pour aller prendre sa position de bataille, et fut tout étonné de voir les hauteurs de Gizaucourt dégarnies et celles de Valmy occupées.

Y avait-il erreur, ou Kellermann, forcé d'obéir, avait-il voulu au moins prendre une position de son choix?

Par malheur, sa position était mauvaise pour la retraite. Il est vrai qu'elle était bonne pour le combat. Seulement, il fallait vaincre.