Mais l'instant d'éclaircie avait suffi à Dumouriez pour juger la position de Kellermann.

Si Clerfayt et ses Autrichiens s'emparaient du mont Yron, placé derrière Valmy, ils canonnaient de là Kellermann, qui, ayant les Prussiens en tête et les Autrichiens en queue, ne pouvait recevoir de lui aucun secours. Il envoya donc le général Steingel avec 4 000 hommes pour occuper le mont Yron, qui n'était occupé que par quelques centaines d'hommes qui ne pouvaient résister.

Puis il ordonna à Beurnonville d'appuyer Steingel avec seize bataillons.

Enfin, il dépêcha Charot avec neuf bataillons et huit escadrons pour occuper Gizaucourt.

Mais Charot s'égara dans le brouillard et alla se heurter à Kellermann, auquel il demanda ses ordres, et qui, déjà embarrassé de ses vingt mille hommes sur son promontoire de Valmy, le renvoya à Dumouriez.

Dumouriez le renvoya à Gizaucourt; mais Brunswick, de son côté, avait reconnu la faute que l'on avait commise en n'occupant pas tout d'abord ce village, qui offrait une position aussi avantageuse que le mont de la Lune, et l'avait fait occuper.

Vers onze heures, le brouillard se leva. Dumouriez, avec son état-major si leste et si élégant, traversa la plaine de Dammartin-la-Planchette à Valmy, alla serrer la main de Kellermann, honneur qu'il rendait à son doyen d'âge, puis, sous prétexte de communiquer avec lui, il lui laissa, avec le titre de son officier d'ordonnance, le jeune duc de Chartres.

Puis, tout bas à celui-ci:

—C'est ici, dit-il, que sera le danger; c'est ici que vous devez être. Arrangez-vous de manière à être remarqué.

Le jeune prince sourit, serra la main de Dumouriez.