Danton lui succéda à la tribune, et, après avoir expliqué les causes de cette conduite courtoise:

—Console-nous, lui dit-il, par des victoires sur l'Autriche, de ne pas voir ici le despote de Prusse.

On le voit, à la coupe où Dumouriez croyait venir boire le vin enivrant de la victoire, l'ingratitude démocratique mêlait déjà son fiel.

Deux des plus grands généraux de la Révolution, deux des hommes à qui la République devait ses premières et ses plus belles victoires, devaient boire successivement à la coupe amère:

À peine vidée par Dumouriez, elle allait se remplir pour Pichegru.

Enfin, comme nous l'avons dit, cette fameuse soirée devait tout raccommoder, et c'était à l'œuvre innocente de Mlle Candeille que le baiser de paix devait se donner.

Roland avait mis sa loge à la disposition de Dumouriez.

Mme Roland devait y venir; puis, quand Roland aurait fini son labeur ministériel, il les rejoindrait.

Danton avait loué la loge à côté, pour lui, sa femme et sa mère.

Soit qu'il se trompât de loge, soit qu'il le fît exprès, il entra avec Dumouriez et sa femme dans la loge de Roland et s'y installa. Mme Roland et Mme Danton ne se connaissaient pas. Mme Roland était un grand esprit, Mme Danton était un grand cœur. Les deux femmes devaient se convenir; les deux femmes liées rapprocheraient les deux maris.