Jacques Mérey paya sa dépense, chercha des yeux son petit commissionnaire pour lui donner le reste de la monnaie que lui avait rendue le maître de poste, mais il ne le vit nulle part.
La voiture partit au grand trot, ce qui était la preuve toujours que Francis n'avait pas gardé le secret sur son écu.
Mais, en sortant de la ville, Jacques Mérey vit son commissionnaire qui lui barrait la route.
Sur ses signes réitérés qu'il avait quelque chose à dire à son voyageur, Pierrot arrête sa voiture.
Le gamin sauta lestement sur le marchepied.
—Qu'y a-t-il encore? demanda Jacques Mérey.
—Il y a, répondit Francis, que, puisque vous allez courir après Mlle de Chazelay jusqu'à ce que vous la rejoigniez, il vaut mieux lui porter sa lettre que de la laisser sous la grand-porte. Elle a plus de chance pour arriver.
—Eh bien? demanda Jacques Mérey.
—Eh bien! la voilà, dit Francis en jetant la lettre dans la voiture, en sautant au bas du marchepied, et en criant à Pierrot: «Fouette, postillon.»
Jacques Mérey réfléchit que ce que venait de lui dire l'enfant était plein de logique; que la lettre que venait de lui remettre Francis contenait, selon toute probabilité, les dernières volontés du père d'Éva; qu'en la laissant où elle était, le vent et la pluie l'auraient bientôt rendue illisible; que mieux valait donc que, dépositaire fidèle, il la conservât intacte et inconnue jusqu'au moment où il la remettrait à l'une des deux personnes qui avaient le droit de l'ouvrir, à Éva ou à Mlle de Chazelay.