Son étonnement fut grand lorsqu'il entendit rire et chanter.

Il leva les yeux au ciel. Jacques Mérey lui posa la main sur l'épaule.

—C'est la force infinie de la conscience et du sentiment du droit, lui dit-il, qui a fait ce miracle.

Et, lorsqu'ils passèrent au milieu d'eux, ils virent que tout en chantant nos soldats grelottaient; le froid du matin faisait claquer les dents aux plus vigoureux, et ce qui les glaçait encore plus, c'était de voir étagés sur la montagne, lorsque le jour parut, les hussards impériaux dans leurs belles pelisses, les grenadiers hongrois dans leurs fourrures et les dragons autrichiens dans leurs manteaux blancs.

—Tout cela est à vous! dit Dumouriez; il ne s'agit que de le prendre.

—Ah! répondit un volontaire de Paris, ce ne serait pas difficile si on avait déjeuné.

—Bon! dit Dumouriez; vous déjeunerez après la bataille; vous en aurez meilleur appétit; en attendant, on va vous distribuer à chacun une goutte d'eau-de-vie.

—Va pour la goutte d'eau-de-vie! répondirent les volontaires.

Ô bienheureuse époque où les armées étaient chauffées par leur enthousiasme, cuirassées par le fanatisme et vêtues par la foi!

L'histoire n'oubliera jamais que c'est pieds nus que nos soldats sont partis l'an Ier de la République pour conquérir le monde.