Il releva la tête, l'expression de son visage avait complètement changé. Un abattement profond s'était emparé de sa personne.
—Citoyens représentants, dit-il, ne vous étonnez pas de ma tristesse: ma tristesse n'est point pour la patrie; la patrie sera sauvée, dussions-nous y périr tous. Mais, tandis que je viens vous demander la vie d'un peuple, la mort est chez moi, la mort inflexible, inexorable, qui marque du doigt sur la pendule les heures qui restent à vivre à la personne que j'ai le plus aimée au monde. À nul de vous, dans un pareil moment, je n'oserais dire: «Quitte le lit d'agonie de ta femme et va où la patrie t'appelle, avec la certitude qu'à ton retour tu ne la trouveras plus.»
Et de grosses larmes, des larmes véritables, coulèrent de ses yeux.
—Eh bien! continua-t-il d'une voix rauque et altérée par les sanglots, envoyez-moi en Belgique, je suis prêt à partir; car moi seul puis quelque chose sur l'homme qui nous trahit et sur le peuple que l'on trompe.
De tous côtés ces cris retentirent:
—Pars! pars! punis Dumouriez, sauve la Belgique!
Danton fit signe à Jacques Mérey et s'élança hors de la Chambre.
Jacques Mérey rencontra Danton dans le corridor. Danton l'entraîna dans le cabinet d'un des secrétaires.
Ils étaient seuls.
Danton se jeta dans les bras de son ami. En tête à tête avec lui, il n'essayait pas de lui cacher ses larmes.