Puis, le dernier cabinet ouvert, il se jeta tout éperdu dans la chambre à coucher, enveloppa de ses bras les oreillers sur lesquels elle avait rendu le dernier soupir, et les baisa convulsivement avec des cris et des larmes.
La vieille mère profita de ce moment où son cœur semblait se fondre pour pousser les enfants dans ses bras.
Il les prit, les pressa contre sa poitrine.
—Ah! dit-il, qu'elle a dû avoir de peine à vous quitter.
Puis il tendit la main à sa mère, l'attira à lui et appuya un baiser sur chacune de ses joues flétries.
—Et maintenant, dit-il, qu'on me laisse seul.
—Comment, seul? s'écria Mme Danton.
—Ma mère, dit-il, il y a une voiture à la porte; montez dedans avec les enfants, conduisez-les chez Camille, laissez-les et restez vous-mêmes avec Lucile, et envoyez-moi Camille, il faut que je lui parle à l'instant même; voici un second assignat de dix francs que vous donnerez au cocher pour qu'il reste à ma disposition.
Dix minutes après, Camille accourait se jeter dans les bras de Danton.
—Il faut, lui dit celui-ci, que tu te fasses reconnaître du commissaire de police du quartier, que tu ailles avec lui jusqu'au cimetière Montparnasse. Le corps de ma femme est déposé dans un caveau provisoire; le commissaire de police t'autorisera à mettre la bière dans le fiacre; tu me la rapporteras; je veux revoir encore une fois celle que j'ai tant aimée.