Deux hommes doux et bons qui ignoraient quel instrument de mort ils bâtissaient!
Jean Bon Saint-André, un pasteur protestant qui nous improvisa une marine, la lança à la mer, se fit marin, de prêtre qu'il était, et nous légua, après le fatal combat du 1er juin 1794, la consolante légende du Vengeur, qui n'est pas encore, mais qui deviendra un jour de l'histoire.
Levasseur, un médecin qui, envoyé à une armée en pleine révolte, arrêta et soumit la révolte d'un mot.
Le tribunal révolutionnaire fut voté en principe, mais on en remit à plus tard l'organisation.
En ce moment, et au milieu du tumulte, Danton, qui depuis trois jours n'était pas venu à l'Assemblée, parut.
Danton, c'est-à-dire l'ombre de Danton! Danton, les genoux tremblants, les joues pendantes, les yeux rougis par les larmes, les cheveux blanchis aux tempes, encore livide de son contact avec la mort.
Il monta lentement et lourdement à la tribune. On eût dit qu'il sentait peser sur lui, sur sa douleur et sur les suites qu'elle avait eues, les regards de toute l'Assemblée.
Les regards de la Gironde surtout l'enveloppaient.
Ce grand parti et ceux qui s'y étaient rattachés comprenaient que cet homme qui montait à la tribune, que cet homme qu'ils avaient flétri du nom de septembriseur, que cet homme dont ils avaient refusé l'alliance, portait en lui leur salut ou leur mort.
On sentait qu'à la terreur qui pesait déjà sur l'Assemblée, Danton apportait un supplément de terreur.