»Alors Mamin, le même qui a porté la tête de la princesse de Lamballe pendant toute une journée au bout d'une pique, Mamin s'est proposé, lui et quarante de ses égorgeurs, pour vous assassiner tous cette nuit à domicile.

»Hébert a appuyé. "La mort sans bruit, donnée dans les ténèbres, a-t-il dit, vengera la patrie des traîtres et montrera la main du peuple suspendue à toute heure sur la tête des conspirateurs."

»Eh bien! voilà ce qui a été décidé: l'assassinat de jour en pleine Convention, ou l'assassinat chez vous, nuitamment, dans vos demeures, comme à la Saint-Barthélemy.

»Devines-tu maintenant ce que j'ai voulu faire pour vous? En proposant de faire élargir les prisonniers pour dettes, j'ai voulu vous faire comprendre que la mort était suspendue au-dessus de vos têtes, j'ai voulu vous donner un dernier avis.

»Tu as mal interprété mes paroles, tant mieux. Tu me forces à m'expliquer clairement, je m'explique. Je ne veux pas votre mort. Je ne vous aime pas; mais j'aime votre talent, votre patriotisme, tout mal entendu qu'il est; votre honnêteté, tout impolitique qu'elle soit. Rentre, va t'asseoir près de tes amis; dis-leur comme venant de toi, comme venant de moi, si tu veux, mais de moi ils se défieront, dis-leur, cette nuit, ou de se réunir en armes pour se défendre, ou de ne point coucher chez eux. Demain, demain, il fera jour! Demain, le tribunal révolutionnaire sera organisé, et, si vous êtes véritablement des traîtres, c'est à un tribunal que vous répondrez de votre trahison.»

Mérey tendit la main à Danton.

—Il ne faut pas m'en vouloir, dit-il, j'ai été trompé par l'apparence.

—T'en vouloir! dit Danton en haussant les épaules, pourquoi faire? On a besoin de la haine pour être Robespierre ou Marat, on n'a pas besoin de la haine pour être Danton, va.

Mérey avait déjà fait quelques pas vers la porte, quand Danton bondit vers lui.

—Ah! dit-il en le serrant dans ses bras et en le prenant sur son cœur à l'étouffer. J'oubliais ce que tu as fait pour moi, ami; je ne sais pas ce qui arrivera, mais tu as ta place dans mon cœur. Si tu es obligé de fuir, viens chez moi, et je réponds de ta vie, dussé-je te cacher dans le caveau où elle est renfermée!