On proposa à tous les convives, déjà un peu échauffés par le vin, d'aller fraterniser avec les jacobins.
La proposition fut acceptée.
Pendant qu'ils se mettaient en marche, Jacques Mérey rentrait dans la salle, laissant à Danton resté derrière lui le temps de se calmer. Assis à gauche de Vergniaud, il lui communiqua l'avis de Danton tendant à leur faire quitter la salle.
Vergniaud le communiqua aux autres girondins. Pas un ne bougea.
Danton rentra à son tour. Cette figure bouleversée était mobile comme l'ouragan. Chacun interpréta à sa guise la décomposition de ses traits, sa pâleur mortelle, ses soupirs profonds, qui semblaient prêts à faire éclater sa poitrine.
On venait de lire la lettre de Dumouriez; Robespierre était à la tribune, et, contre toute attente, il disait:
—Je ne réponds pas de lui, mais j'ai encore confiance en lui.
Puis, comme il ne pouvait monter à la tribune sans accuser, il ajouta que le moment demandait un pouvoir unique, secret, rapide, une vigoureuse action gouvernementale. Puis il accusa la Gironde, comme toujours, revenant à son éternel refrain, disant que depuis trois mois Dumouriez demandait à envahir la Hollande, et que depuis trois mois les girondins l'en empêchaient.
Danton était resté debout près de la porte, l'œil fixé sur les girondins, qui, impassibles sur leurs bancs, malgré l'avis donné, étaient restés pour faire face à la mort.
À cette nouvelle accusation de Robespierre, Danton tressaillit.