—Oh! c'est une trop longue histoire, dit Jacques Mérey.

—Écoute, dit Danton: j'ai acheté et meublé une maison de campagne sur les coteaux de Sèvres. Montons en voiture et viens déjeuner avec moi. Tu n'as aucun besoin de rentrer, personne qui t'attende?

—Non, au contraire, plus tard je rentrerai, plus ceux qui sont chez moi m'en sauront gré.

—Eh bien! voilà une voiture, montons-y; viens, et tu me conteras ton histoire tout le long du chemin.

Tous deux montèrent en voiture.

—À Sèvres! dit Danton.

La voiture partit.

Alors Jacques Mérey, dont le cœur trop plein débordait depuis six mois, raconta toute sa longue histoire à Danton, et, à son grand étonnement, cet homme de bronze l'écouta sans en perdre une parole, laissant son visage refléter toutes les émotions de son cœur.

Enfin Jacques aborda le véritable motif de sa confidence. Lorsqu'il lui eut dit la fuite, ou plutôt l'enlèvement d'Éva par Mlle de Chazelay, lorsqu'il lui eut dit comment, à Mayence, il avait perdu sa trace, ne pouvant la suivre au cœur de l'Allemagne, il lui demanda, demande difficile à faire, car elle touchait à cette accusation de trahison éternellement suspendue sur la tête de Danton par Robespierre, il lui demanda en hésitant:

—Toi qui as tant de relations à l'étranger, pourrais-tu me dire où elle est?