Jacques poussa un cri et se jeta dans les bras de Danton avec des larmes plein les yeux.
—Eh bien! lui dit Danton, tu vois que, toi aussi, tu es un homme!
L
Trahison de Dumouriez
Robespierre avait dit dans la fameuse séance de la Convention que nous avons essayé de mettre sous les yeux du lecteur:
—Je ne réponds pas de Dumouriez, mais j'ai confiance en lui.
Si nous revenons encore à Dumouriez, c'est que le sort des girondins était lié à son sort, et que le sort de notre héros, Jacques Mérey, était lié au sort des girondins.
Certes nous eussions pu passer plus rapidement que nous ne l'avons fait sur ces époques terribles. Mais quel est l'homme de cœur, le vrai patriote qui, penché, la plume à la main, sur ces deux années 92 et 93, sur ces deux abîmes, ne sera pas pris du vertige de raconter?
Peut-être eût-il mieux valu pour l'intérêt de notre livre, en rapprocher les deux parties romanesques, et n'écrire entre elles deux que ces mots:
«Jacques Mérey, nommé député à la Convention nationale, y adopta le parti des girondins, et, vaincu comme eux, fut proscrit avec eux.»
Mais, plus nous avançons en âge, plus nous marchons sur ce terrain mouvant de l'art et de la politique, plus nous sommes convaincus que, dans des jours de lutte comme ceux où nous sommes, et tant que le grand principe proclamé par nos pères ne sera pas la religion du monde nouveau, chacun doit apporter sa part de réhabilitation à ces hommes trop calomniés par les idylles royalistes, par ce miel de belladone et d'aconit, doux aux lèvres, mortel à l'intelligence et au cœur.