—Je me nomme Jacques Mérey. Je suis ami de Danton, qui m'a offert un asile chez lui, mais à qui je refuse de peur de le compromettre. Je siégeais avec les girondins et je suis proscrit comme eux; descends de cheval, donne-moi le bras et conduis-moi jusqu'à la rue de Lancry. Demain, tu diras tout bas à Danton ce que tu as fait pour moi, et Danton te serrera la main.

Santerre ne prononça pas une parole; il descendit de cheval, donna son bras à Jacques Mérey, et le conduisit jusqu'à la rue de Lancry.

—As-tu besoin que j'aille plus loin? lui demanda-t-il.

—Non, dans cinq minutes je serai arrivé où je vais.

—Que Dieu te conduise! dit Santerre oubliant que Dieu était aboli.

—Merci, dit simplement Jacques, j'en eusse fait autant pour toi, Santerre.

—Je le sais bien, répondit le brave brasseur.

Les deux hommes se serrèrent la main et tout fut dit. Jacques Mérey remonta la rue de Lancry jusqu'à la rue Grange-aux-Belles, puis il prit la rue des Marais, la descendit jusqu'au numéro 33, et là, voyant une maison basse et sombre, il s'arrêta, regarda autour de lui pour s'assurer qu'il n'était point suivi et ne se trompait pas.

Il hésita un instant entre deux sonnettes, l'une à gauche, près d'une boîte fermant à cadenas; l'autre à droite, pendant à la muraille. Il tira celle qui était pendue à la muraille.

Presque aussitôt la porte s'ouvrit et un homme, vêtu de noir, cravate blanche et en culotte courte, s'effaça pour le laisser passer.