Il y avait toujours eu enfin quelque chose d'inférieur et de craintif, plutôt que de passionné et même de tendre, dans les deux bras que l'enfant avait tendus vers le docteur.

C'était le chien demandant son maître, ou plutôt c'était l'aveugle implorant son conducteur.

Et, chose remarquable, c'est que le physique, qui pendant les sept premières années de la vie d'Éva était resté enchaîné au moral, s'était en quelque sorte un beau jour détaché de lui pour faire son chemin à part.

Au moral, Éva avait six ans à peine; au physique, elle en avait douze.

Il fallait rétablir cet équilibre entre l'intelligence et les années.

Maintenant qu'Éva parlait, les choses allaient marcher toutes seules.

Maintenant, quelle sorte de curiosité allait se développer chez elle? serait-ce la curiosité de la vue, serait-ce la curiosité du cœur?

Habituée depuis longtemps à s'entendre parler Éva, elle avait depuis longtemps compris que c'était là son nom; seulement, ce nom produisait sur elle une impression différente selon la personne qui le prononçait, et il n'y avait que trois personnes qui le prononçassent: le docteur, Marthe et Antoine.

Quand c'était le docteur, de quelque soin, futile ou sérieux, qu'Éva fût occupée, elle bondissait, quittait tout et s'élançait du côté d'où venait la voix.

Quand c'était Marthe, elle se levait lentement et se contentait d'aller se placer dans le rayon de l'œil de la vieille servante, n'allant à elle que si une seconde fois elle l'appelait ou lui faisait un signe pressant de venir.