Oui, répondit Jacques, mais quand tu les auras nommées l'une après l'autre et que tu les sauras par cœur.
Et il traça de nouveau un a sur la muraille.
—Quelle est cette lettre, demanda le docteur.
Éva fit un effort, et, tandis que la lettre allait s'effaçant:
—Un a, un a, dit-elle.
Le docteur sourit. Il avait trouvé le moyen d'intéresser la curiosité d'Éva à l'endroit de cette chose si abstraite et si difficile pour les enfants qu'on appelle la lecture.
Un mois après, Éva savait lire.
Il n'en était point de même pour la musique.
Éva l'adorait; ses moments de récréation, ou plutôt ses heures de joie, étaient quand le docteur se mettait au piano, et, comme maître Wolfram, les mains sur les touches, les yeux en l'air, l'âme au ciel, jouait quelque splendide rêverie de ces vieux maîtres qu'on appelle Porpora, Haydn ou Pergolèse. Mais, quand il voulait faire sourire d'un sourire plus doux les charmantes lèvres d'Éva et attirer une larme à l'angle de son œil si brillant qui se voilait en devenant humide, c'était le premier air qu'elle avait entendu, c'était le Prima che spunti l'aura que jouait le docteur.
Souvent l'enfant s'était approchée du piano et avait posé ses petites mains dessus, mais ses doigts n'avaient point encore la force nécessaire à la pression des touches; puis son professeur, avec sa logique habituelle, ne voulait lui rien apprendre à demi et par routine. Il attendait donc qu'elle sût lire ses lettres pour lui faire lire ses notes, et peut-être comptait-il aussi sur son grand désir d'apprendre la musique pour lui faire une récompense des choses antipathiques par celles qui lui paraissaient lui être les plus agréables.