—Jacques, vous savez bien que c'est inutile, répondit Éva, mon fiancé, c'est vous.

Jacques appuya la main d'Éva contre son cœur, et, tirant un anneau d'or de son doigt:

—Si telle est votre volonté, Éva, telle est aussi la mienne. Recevez donc, selon l'usage, cet anneau d'or, c'est le témoin de notre promesse, c'est notre anneau de fiançailles.

Et il lui glissa au doigt un anneau magnétisé par lui avec l'intention que toutes les fois qu'Éva penserait à Jacques ayant cet anneau à la main, elle le verrait, tout absent qu'il fût, sinon avec les yeux du corps, du moins avec les yeux de l'âme.

XIII
Unde ortus?

Arrivés au point où en étaient les deux amants, c'est dire au jour de leurs fiançailles, une grave question devait se présenter à leur esprit, sinon comme un obstacle, du moins comme une inquiétude.

De qui Éva était-elle la fille?

On sait comment Jacques Mérey avait obtenu du braconnier et de sa mère l'enfant qu'il avait emportée chez lui.

Deux motifs les avaient déterminés à confier la petite fille au docteur: le premier, tout égoïste, est qu'en l'emportant, il les débarrassait d'un grand ennui.

Le second, moins personnel, était l'espérance que les soins de Jacques Mérey pourraient améliorer l'état de l'idiote.