Lorsque quelques gorgées de cette liqueur à laquelle il goûtait si rarement eurent mis Joseph en belle humeur, Jacques entama avec le braconnier le chapitre d'Éva.

—Joseph, lui dit-il, il y a longtemps que tu n'es venu voir la petite.

Le braconnier haussa les épaules.

—Que voulez-vous! dit-il, ça me retourne le cœur quand je la vois.

—Elle a beaucoup grandi et beaucoup embelli depuis quatre ans, mon cher Joseph, continua Jacques.

—Qu'importe, reprit Joseph, si elle ne parle pas! Samuel Simon, le crétin de la rue de l'Écluse, lui aussi, parle: il dit papa, maman. À quoi ça l'avance-t-il?

—Éva parle, et parle bien, je t'assure, Joseph; elle est même très savante.

—Mais elle reste du matin au soir dans un fauteuil, comme Samuel Simon.

—Non, elle marche et elle court très légèrement.

—Ça me fait plaisir, ce que vous me dites là, monsieur Jacques; car la pauvre petite, je m'y étais attaché, tout idiote qu'elle était, et je l'aimais comme si j'étais son père.