—Tu as pensé quelquefois à cela, n'est-ce pas, Joseph?

—Oui, répondit le braconnier, et j'avoue que ce n'est pas sans inquiétude.

—Eh bien, le moyen de te rassurer, dit le docteur, c'est de me raconter franchement tout ce que tu sais de cette jeune fille et de sa naissance.

—Je ne demanderais pas mieux, monsieur Jacques, car vous nous avez rendu un grand service et à elle aussi; mais...

—Mais quoi?

—Mais si ce que je vais vous dire allait me compromettre et nuire à l'enfant?

—Je te promets, Joseph, que, excepté elle, nul ne saura jamais un seul mot de la révélation.

—Et, d'ailleurs, tenez, continua Joseph en homme décidé, il y a déjà un temps que ce secret-là me pèse, et que j'éprouve le besoin de m'en décharger.

—Parle donc, je t'écoute.

—C'était le 29 décembre 1782; il y aura au mois de décembre prochain dix ans de cela, que, voyant une jolie gelée suivie d'une petite neige fine qui recouvrait à peine la terre, je me dis à moi-même: «Joseph, mon ami, voilà un joli temps pour faire un coup de fusil.» Sur quoi, je pris mon chien.