»Je tirai une plume et du papier de l'armoire, car je voyais dans le nourrissage de l'enfant une bonne affaire, et je ne voulais pas que la mère la manquât.

»—Dictez, monsieur, dis-je en m'asseyant devant la table et m'apprêtant à écrire.

»L'homme s'appuya sur le dossier de ma chaise pour suivre ma plume des yeux et voir si j'écrivais bien ce qu'il dictait.

»—Écrivez, dit-il.

»J'écrivis:

»Cejourd'hui, 29 décembre 1782, j'ai reçu d'un inconnu une petite fille de cinq ans reconnue idiote et incurable; je m'engage, au nom de ma mère et au mien, à la garder à la cabane ou dans tout autre domicile que je choisirai, jusqu'à ce qu'elle me soit réclamée par la personne qui me présentera ce reçu et l'autre moitié du louis d'or dont la première moitié sera ou plutôt est à l'instant même déposée entre mes mains.

»L'inconnu tira de la poche de son gilet un louis coupé en deux d'une façon bizarre, mais cependant dont les deux moitiés s'adaptaient parfaitement; il m'en donna une et garda l'autre. Puis il continua:

»Celui qui dépose l'enfant entre les mains de Joseph Blangy et de sa mère, outre la somme de huit cents francs qu'ils ont reçue à la signature des présentes, s'engage à leur payer tous les ans et d'avance la somme de trois cents francs. Et si l'un des deux meurt, au survivant des deux la même somme sera payée.

»Quand l'enfant aura atteint l'âge de quinze ans, comme elle nécessitera peut-être de nouvelles dépenses, on prendra de nouveaux arrangements.

»Selon les soins que l'on aura pris de l'enfant, une récompense sera donnée.