—Eh bien! la belle, me dit-il, cela ne m'étonne plus que ton amoureux ait cessé de t'écrire: il paraît qu'il a fait fortune.
—Oh! mon Dieu! et comment cela? demandai-je.
—Comment? je n'en sais rien; mais le fait est que, comme je revenais de Courbevoie, où j'avais dîné chez mon gendre, j'ai rencontré un beau monsieur à cheval, un élégant, un dandy, comme ils disent là-bas, suivi d'un domestique à cheval aussi. Devine qui cela était?
—Comment voulez-vous que je devine?
—Eh bien! c'était maître Gabriel. Je le reconnus, et je sortis à moitié de mon cabriolet pour l'appeler; mais sans doute il me reconnut aussi, lui, car avant que j'eusse eu le temps de prononcer son nom, il piqua des deux et partit au galop.
—Oh! vous vous serez trompé, lui dis-je.
—Je le crus comme toi, répondit-il; mais le hasard fit que j'allai le soir à l'Opéra, au parterre, bien entendu. Moi, je suis un paysan, et le parterre est assez bon pour moi; mais lui, comme c'est un grand seigneur, à ce qu'il paraît, il était aux premières loges, et dans une des plus belles encore, entre deux colonnes, causant, faisant le joli cœur avec des dames, et ayant à la boutonnière un camélia large comme la main.
—Impossible! impossible! murmurai-je.
—C'est pourtant comme cela; mais moi aussi j'en doutais, et je voulus en avoir le cœur net. Dans l'entr'acte, je sortis et j'allai me poster près de la loge; bientôt la porte s'ouvrit, et notre fashionable passa près de moi.
—Gabriel! dis-je à mi-voix.