Seulement, chose plus étrange encore, ce n'était pas un nom, c'est-à-dire une chose sans consistance, un son sans corps, qui me fuyait: c'était un homme que j'avais eu cinq ou six heures sous les yeux, que j'avais pu interroger du regard, que j'aurais pu toucher de la main.
Cette fois, au moins, je n'avais pas de doute: ce n'était ni un rêve que j'avais fait, ni un fantôme qui m'était apparu.
J'étais sûr de la réalité.
J'attendis le matin avec impatience.
Dès sept heures, j'étais à ma fenêtre pour voir venir la barque.
Je l'aperçus qui sortait du port pareille à un point noir, puis à mesure qu'elle s'avançait sa forme devint plus distincte.
Elle prit d'abord l'aspect d'un grand poisson qui nagerait à la surface de la mer; bientôt les avirons commencèrent à devenir visibles, et le monstre parut marcher sur l'eau à l'aide de ses douze pattes.
Puis on distingua les individus, puis les traits de leur visage.
Mais, arrivé à ce point, je cherchai vainement à reconnaître Gabriel Lambert; il était absent, et deux nouveaux forçats l'avaient remplacé, lui et son compagnon.
Je courus jusqu'au rivage.