Il était en effet difficile de voir une figure plus bouleversée que la sienne: il me fit pitié.
—Oui, vous souffrez, lui dis-je, et je comprends que pour vous la vie soit un supplice.
—C'est-à-dire, voyez, docteur, c'est-à-dire qu'il n'y a pas une de ces armes, poignard ou pistolet, que je n'aie appuyé deux ou trois fois sur mon cœur ou sur mon front! Mais, que voulez-vous?
Il baissa la voix en ricanant.
—Je suis un lâche; j'ai peur de mourir.
«Croyez-vous cela? vous, docteur, vous qui m'avez vu me battre; croyez-vous que j'aie peur de mourir?
—Au premier abord, j'ai jugé que vous n'aviez pas le courage moral, monsieur.
—Comment, docteur, vous osez me dire à moi, en face....
—Je vous dis que vous n'avez que le courage sanguin, c'est-à-dire celui qui monte à la tête avec le sang. Je vous dis que vous n'avez aucune résolution; et, la preuve, c'est qu'ayant eu dix fois l'envie de vous tuer, comme vous le dites, c'est qu'ayant sous la main des armes de toute espèce, vous m'avez demandé du poison.
Il poussa un soupir, tomba dans un fauteuil et garda le silence.