Et, se redressant de toute sa hauteur, il alla d'un pas ferme prendre son bâton, qui était dans un coin.

—Que faites-vous? lui demandai-je.

—Il n'a plus besoin de moi, dit-il. J'étais venu pour le voir mourir, et non pour le voir marquer. L'échafaud le purifiait, le lâche a préféré le bagne. J'apportais ma bénédiction au guillotiné, je donne ma malédiction au forçat.

—Mais, monsieur, repris-je.

—Laissez-moi passer, dit le vieillard en étendant le bras vers moi avec un air de si suprême dignité, que je m'écartai sans essayer de le retenir davantage par une seule parole.

Il s'éloigna d'un pas grave et lent, et disparut dans le corridor, sans retourner la tête pour voir une seule fois son fils.

Il est vrai que lorsque Gabriel Lambert revint à lui, il ne demanda pas même où était son père.

Je quittai ce malheureux avec le plus profond dégoût qu'un homme m'ait jamais inspiré.

Je lus le lendemain, dans le Moniteur, la commutation de peine.

Puis je n'entendis plus parler de rien, et j'ignore vers quel bagne il a été acheminé.