Je décachetai la lettre et cherchai le nom du flatteur qui me l'avait écrite. Elle était signée Rossignol. Au premier abord le nom me resta aussi inconnu que l'écriture.
Mais en rapprochant ce nom du timbre, je commençai à voir clair dans mes souvenirs; les premiers mots, au reste, fixèrent tous mes doutes.
Elle venait de l'un des douze forçats qui avaient été à mon service lorsque j'habitais ma petite bastide, au fort Lamalgue. Comme cette lettre a non seulement rapport à l'histoire que je viens de raconter, mais encore en est le complément, je la mettrai purement et simplement sous les yeux du lecteur, en lui faisant grâce des fautes d'orthographe, dont il a vu un échantillon dans l'adresse, et qui en dépareraient le style.
«Monsieur Dumas,
«Pardonnez à un homme que ses malheurs ont momentanément séparé de la société (je suis ici à temps, comme vous savez) l'audace qu'il prend de vous écrire; mais son intention lui servira d'excuse près de vous, je l'espère, attendu que ce qu'il fait en ce moment, il le fait dans l'espérance de vous être agréable.
(Comme on le voit, la préface était encourageante, aussi je continuai.)
«Il n'est pas que vous vous rappeliez Gabriel Lambert, celui qu'on appelait le docteur, vous savez bien; le même qui n'a pas voulu aller chercher au cabaret du fort Lamalgue le fameux déjeuner que vous avez eu la bonté de nous offrir.
«L'imbécile!
«Vous devez vous le rappeler, car vous l'aviez reconnu pour l'avoir vu autrefois dans le beau monde, et lui aussi vous avait reconnu, que vous en étiez si fort préoccupé que vous en avez écrasé de questions ce pauvre père Chiverny, le garde-chouirme, qui, avec son air méchant, est un brave homme tout de même.
«Eh bien, donc! voilà ce que j'avais à vous dire sur Gabriel Lambert; écoutez bien.