«Aujourd'hui, 5 juin 1841, pendant l'heure de repos que l'on nous accorde, tandis que mon camarade Rossignol dormira, je compte exécuter la résolution que j'ai prise depuis longtemps de me suicider, la vie du bagne m'étant devenue insupportable.

»J'écris cette lettre afin que Rossignol ne soit aucunement inquiété.

»Gabriel LAMBERT.»

Gabriel approuva la rédaction, écrivit la lettre, et la mit dans sa poche.

Le même jour, en effet, et comme midi venait de sonner, Gabriel, qui ne m'avait pas dit un mot depuis le matin, me demanda si je connaissais un endroit propre à mettre à exécution le projet qu'il avait arrêté. Je vis bien qu'il barguignait, et que ça ne serait pas encore pour tout de suite si je ne l'aidais pas.

—J'ai votre affaire, lui dis-je en faisant un signe de la tête. Après cela, si vous n'êtes pas encore bien décidé; remettez la chose à un autre jour.

—Non, dit-il en faisant un violent effort sur lui-même; non, j'ai dit que ce serait pour aujourd'hui; ce sera pour aujourd'hui.

—Le fait est, répondis-je négligemment, que lorsqu'on a pris ce parti-là, plus tôt on l'exécute, mieux cela vaut.

—Conduis-moi donc, dit Gabriel.

Nous nous mîmes en route; il se faisait traîner; mais je n'avais pas l'air d'y faire attention.

Plus nous approchions de l'endroit, qu'il connaissait aussi bien que moi, plus il faisait le clampin. Je n'avais l'air de rien voir, je marchais toujours.

—Oui, c'est bien là, murmura-t-il quand nous fûmes arrivés.