—Je ne dors pas, je pleure.
—Il n'est plus temps de pleurer.... L'heure de la vengeance est sonnée.
—Vengeance! murmura le vieillard sans quitter sa sombre attitude; je n'ai plus de bras, je n'ai plus de fils!
—Le dernier de tes enfans vit encore!
—Hélas! je le sais. On n'a pas voulu en finir trop vite avec lui, pour le réserver à une mort plus cruelle, à une plus longue agonie. Pauvre Peppino, auras-tu la force de pouvoir souffrir? auras-tu le courage de ne pas me déshonorer? Les infâmes!
—Console toi, Lancia, ton fils a souffert comme un homme, et sa constance a lassé les bras de ses tourmenteurs.
—Que dis-tu? s'écria le vieillard en se dressant d'un seul bond, qui a pu t'apprendre ces terribles détails? Comment as-tu pu pénétrer les sanglans mystères de Castel-Nuovo?
—Je te dis que cette nuit on a longuement tourmenté ton fils pour lui faire avouer ses complices et compromettre aussi le nom de plusieurs innocens. Je te dis que j'ai été témoin du long supplice et du courage de ton enfant, auquel on n'a pu arracher un seul mot de faiblesse ou de prière. Je te dis que lorsque la torture a été finie, il s'est approché de moi et a prononcé ces propres mots d'une voix ferme:
«—Au nom de la miséricorde divine qui descend sur tout homme quelque bas qu'il soit tombé, va chercher mon père et si la douleur ne l'a pas tué, apprends-lui ce que tu viens de voir. Je prierai pour ton âme.»
—Oh! mon Dieu! mon Dieu! pourquoi ne me rendez-vous pas mon enfant! Faudra-t-il donc douter de votre puissance!