»Tout était silencieux, au dehors comme au dedans.

»Elle m'attira près d'elle, et bientôt j'oubliai tout. Ce fut une nuit impossible à raconter, avec des plaisirs inconnus, avec des voluptés telles, qu'elles approchent de la souffrance. Dans mes rêves d'amour je ne retrouvais rien de pareil à cette femme que je tenais dans mes bras, ardente comme une Messaline, chaste comme une madone, souple comme une tigresse, avec des baisers qui brûlaient les lèvres, avec des mots qui brûlaient le cœur. Elle avait en elle quelque chose de si puissamment attractif, qu'il y avait des moments où j'en avais peur.

»Enfin la lampe commença à pâlir quand le jour commença à poindre.

»—Écoute, me dit cette femme, il faut partir; voici le jour, tu ne peux rester ici; mais le soir, à la première heure de la nuit, je t'attends, n'est-ce pas?

»Une dernière fois je sentis ses lèvres sur les miennes, elle pressa convulsivement mes mains, et je partis.

»C'était toujours le même calme dehors.

»Je marchais comme un fou, croyant à peine à ma vie, n'ayant même pas la pensée d'aller chez ma mère ou de rentrer chez moi, tant cette femme entourait mon cœur.

»Je ne sais qu'une chose qu'on désire plus qu'une première nuit à passer avec sa maîtresse: c'est une seconde.

»Le jour s'était levé, triste, sombre, froid. Je marchai au hasard dans la campagne déserte et désolée, pour attendre le soir.

»Le soir vint de bonne heure.