Les siècles se passaient, et l'âme attendait toujours.

Un jour, les anges, courbés devant le trône éternel, virent, non pas de la colère, mais une larme dans les yeux du Seigneur, et cette larme fit le déluge.

Quarante jours le ciel pleura sur les fautes de la terre, et la terre disparut.

Du haut de la voûte céleste, les anges suivaient du regard et de la prière, comme d'ici-bas nous suivons une étoile, quelque chose qui glissait sur les eaux: c'était l'arche de Noé.

La pauvre âme qui attendait sa naissance avait cru un moment que le monde était effacé pour l'éternité, et qu'elle ne naîtrait jamais; l'arche lui rendit l'espoir: le monde se refit.

Chaque fois qu'une âme quittait le ciel pour la terre, celle qui attendait l'accompagnait le plus loin possible et lui disait:

—Ma sœur, au retour tu me raconteras ce qu'on fait dans le monde.

Et elle disparaissait.

Chaque fois qu'à l'heure de la prière l'âme de l'avenir se trouvait auprès de son bon ange, elle lui disait:

—Naîtrai-je bientôt?