«Mon cher, imaginez-vous, c'était une partie de plaisir; nous nous battions à Montmorency, par une charmante journée, à onze heures du matin.
«Vous rappelez-vous, Fabien? il y avait dans le buisson qui se trouvait à côté de nous une fauvette qui chantait; j'adore les oiseaux. Tout en me battant j'écoutais chanter cette fauvette; elle ne s'envola qu'au mouvement que vous fîtes en voyant tomber mon adversaire.
«Comme il tomba bien, n'est-ce pas? en me saluant de la main; c'était un homme très comme il faut, ce Portugais; l'autre tombera comme un bœuf, vous verrez, en m'éclaboussant.
—Ah çà! mon cher Olivier, lui dis-je, vous êtes donc un Saint-Georges pour parler comme cela d'avance.
—Non, je tire même assez mal, mais j'ai le poignet solide, et, sur le terrain, un sang-froid de tous les diables; d'ailleurs, cette fois-ci, j'ai affaire à un lâche.
—A un lâche ... qui est venu vous provoquer?
—Cela ne fait rien; au contraire, cela vient à l'appui de mon assertion.
«Vous avez bien vu qu'au lieu de m'envoyer tranquillement ses témoins, comme cela se fait en bonne compagnie, il a voulu se monter la tête en m'insultant lui-même; et encore a-t-il passé près de moi deux fois sans faire autre chose que me regarder, puis il m'a vu me détourner de mon chemin, il a cru que j'avais peur, et il a fait le crâne; c'est un homme qui a besoin de se battre avec quelqu'un de bien placé dans le monde pour se réhabiliter. Ce n'est pas un duel qu'il me propose, c'est une spéculation qu'il entreprend.
«Au reste, vous verrez tout cela sur le terrain....
«Ah! voilà enfin Nerval: j'ai cru qu'il ne viendrait pas.