Une voiture marchait devant la nôtre, et, comme elle prit la porte Maillot, nous ne doutâmes plus que ce fût celle de notre adversaire; nous ordonnâmes donc à notre cocher de la suivre. Elle se dirigea vers l'allée de la Muette, au tiers de laquelle elle s'arrêta; la nôtre la joignit, et s'arrêta à son tour; nous descendîmes.
Ces messieurs avaient déjà mis pied à terre.
Je jetai alors un coup d'œil sur Olivier.
Un changement complet s'était opéré en lui; le mouvement nerveux qui l'agitait la veille avait complètement disparu, il était calme et froid; un sourire de suprême dédain arquait sa bouche, et un léger pli entre les deux sourcils était la seule contraction qu'on pût remarquer sur son visage; pas un mot ne sortait de sa bouche.
Son adversaire présentait un aspect tout opposé; il parlait haut, riait avec éclat, gesticulait avec force; mais, avec tout cela, son visage grimaçant était pâle et contracté; de temps en temps un spasme nerveux lui serrait la poitrine et le forçait de bâiller.
Nous nous approchâmes de ses deux témoins, qui furent forcés de lui dire de s'éloigner.
Alors il fit en arrière quelques pas en sifflant, et se mit à piquer si violemment dans la terre la badine qu'il tenait qu'il la brisa.
Les préparatifs du combat étaient faciles à régler. Monsieur de Faverne avait indiqué l'heure, Olivier avait choisi les armes, tout arrangement était impossible.
La question était donc purement et simplement de savoir si l'on arrêterait le combat après une première blessure, ou si on lui laisserait telle suite qu'il plairait aux combattans de lui donner.
Olivier s'était prononcé à ce sujet, c'était un droit de sa position d'offensé: rien ne devait arrêter les épées que la chute d'un des deux adversaires.