—Si j'étais à votre place et que vous fussiez à la mienne, que feriez-vous?

—Comment cela?

—Oui; si j'étais Georges Munier, chef d'une révolte, et vous lord Williams Murrey, gouverneur de l'île de France; si vous me teniez dans vos mains comme je vous tiens dans les miennes, dites, je vous le demande une seconde fois, que feriez-vous?

—Ce que je ferais, milord? Je laisserais sortir d'ici celui qui y est venu sur votre parole, croyant être appelé à un rendez-vous et non être attiré dans un guet-apens; puis, le soir, si j'avais foi dans la justice de ma cause, j'en appellerais à Dieu, afin que Dieu décidât entre nous.

—Eh bien, vous auriez tort, Georges; car, du moment que j'aurais tiré l'épée, vous ne pourriez plus me sauver; du moment que j'aurais allumé la révolte, il faudrait éteindre la révolte dans mon sang.... Non, Georges, non! je ne veux pas qu'un homme comme vous meure sur un échafaud, entendez-vous bien? meure comme un rebelle vulgaire, dont les intentions seront calomniées, dont le nom sera flétri, et, pour vous sauver d'un pareil malheur, pour vous arracher à votre destinée, vous êtes mon prisonnier, Monsieur; je vous arrête.

—Milord! s'écria Georges en regardant autour de lui s'il n'y avait pas quelque arme dont il pût s'emparer, et avec laquelle il pût se défendre.

—Messieurs, dit le gouverneur en élevant la voix, Messieurs, entrez, et emparez-vous de cet homme.

Quatre soldats entrèrent, conduits par un caporal, et entourèrent Georges.

—Conduisez Monsieur à la Police, dit le gouverneur: mettez-le dans la chambre que j'ai fait préparer ce matin; et, tout en veillant sévèrement sur lui, ayez soin que ni vous ni personne ne manque aux égards qui lui sont dus.

À ces mots le gouverneur salua Georges, et Georges sortit de l'appartement.