—Et maintenant, Malais, dit-il, à nous deux!

—À nous deux? dit Antonio d'une voix tremblante. Et que veut donc Laïza à son ami et à son frère?

—Je veux qu'il se rappelle ce qui a été dit, le soir du Yamsé, sur le bord de la rivière des Lataniers.

—Il a été dit beaucoup de choses, et mon frère Laïza a été bien éloquent, car chacun s'est rendu à son avis.

—Et, parmi toutes ces choses, Antonio se rappelle-t-il le jugement qui a été rendu d'avance contre les traîtres?

Antonio frissonna de tout son corps, et, malgré la couleur cuivrée de sa peau, on eût pu le voir pâlir s'il eût fait jour.

—Il paraît que mon frère a perdu la mémoire, reprit Laïza avec un accent d'ironie terrible; eh bien, moi, je vais la lui rendre. Il a été dit que, s'il y avait un traître parmi nous, chacun de nous pouvait le mettre à mort, d'une mort prompte ou lente, douce ou terrible. Sont-ce bien les propres paroles du serment, et mon frère se les rappelle-t-il?

—Je me les rappelle, dit Antonio d'une voix à peine intelligible.

—Alors, réponds aux questions que je vais te faire, dit Laïza.

—Je ne te reconnais pas le droit de m'interroger; tu n'es pas mon juge, s'écria Antonio.