Et l'étranger, en signe qu'il ne voulait pas retenir plus longtemps l'honorable compagnie sur une grande route, fit, en s'inclinant, un pas en arrière.
Les hommes échangèrent un salut; mais Sara et Georges échangèrent un regard.
La cavalcade se remit en route et Georges la suivit un instant des yeux avec ce froncement de sourcils qui lui était habituel quand une pensée amère le préoccupait; puis, s'approchant de Nazim:
—Faites délier cet homme, dit-il au commandeur; car lui et son frère m'appartiennent.
Le commandeur, qui avait entendu la conversation de l'étranger et de M. de Malmédie, ne fit aucune difficulté d'obéir. Nazim fut donc délié et remis avec Laïza à son nouveau maître.
—Maintenant, mes amis, dit l'étranger en se tournant vers les nègres et en tirant de sa poche une bourse pleine d'or, comme j'ai reçu un cadeau de votre maître, il est juste que, de mon côté, je vous fasse un petit présent. Prenez cette bourse et partagez entre vous ce qu'elle contient.
Et il remit la bourse au nègre qui se trouvait le plus proche de lui; puis, se tournant vers ses deux esclaves, qui, debout derrière lui, attendaient ses ordres:
—Quant à vous deux, leur dit-il, faites maintenant ce que vous voudrez, allez où vous voudrez, vous êtes libres.
Laïza et Nazim poussèrent chacun un cri de joie mêlé de doute, car ils ne pouvaient croire à cette générosité de la part d'un homme auquel ils n'avaient rendu aucun service; mais Georges répéta les mêmes paroles, et alors Laïza et Nazim tombèrent à genoux, baisant, avec un élan de reconnaissance impossible à décrire, la main qui venait de les délivrer.
Quant à Georges, comme il commençait à se faire tard, il remit sur sa tête son grand chapeau de paille qu'il avait jusque-là tenu à la main, et, jetant son fusil sur son épaule, il reprit le chemin de Moka.