D'EPERNON

Mais qui a pu t'apprendre?…

RUGGIERI

Ne t'ai-je pas dit, jeune homme, que ton astre était brillant entre tous les astres?…Et maintenant à vous, Anne d'Arques, vicomte de Joyeuse; à vous que le roi appelle aussi son enfant.

JOYEUSE

Eh bien; mon père, puisque vous lisez si bien dans le ciel, vous devez y voir tout le désir que j'ai de rester dans cet excellent fauteuil, si toutefois cela ne nuit pas à mon horoscope…Non? Eh bien, allez, je vous écoute.

RUGGIERI

Jeune homme, as-tu songé quelquefois, dans tes rêves d'ambition, que la vicomté de Joyeuse pût être érigée en duché;…que le titre de pair qu'on y joindrait te donnerait le pas sur tous les pairs de France, excepté les princes du sang royal, et ceux des maisons souveraines de Savoie, Lorraine et Clèves?…Oui…Eh bien, tu n'as fait que pressentir la moitié de ta fortune…Salut à l'époux de Marguerite de Vaudemont, soeur de la reine!…Salut au grand amiral du royaume de France!…

JOYEUSE, se levant vivement

Avec l'aide de Dieu et de mon épée, mon père, nous y arriverons. (Lui donnant sa bourse) Tenez, c'est bien mal récompenser la prédiction de si hautes destinées; mais c'est tout ce que j'ai sur moi.