—Mais cela ne se peut pas, répondit le parrain Drosselmayer.
—Alors, reprit Fritz, fais-moi le plaisir de monter l'escalier, de te mettre à la fenêtre à la place de ce monsieur, et de dire ce monsieur d'aller à la porte à ta place.
—Impossible, mon cher petit Fritz, dit encore le conseiller de médecine.
—Alors les enfants ont dansé assez; il faut qu'ils se promènent tandis que les promeneurs danseront à leur tour.
—Mais tu n'es pas raisonnable, éternel demandeur! s'écria le parrain qui commençait à se fâcher; comme la mécanique est faite, il faut qu'elle marche.
—Alors, dit Fritz, je veux entrer dans le château.
—Ah! pour cette fois, dit le président, tu es fou, mon cher enfant; tu vois bien qu'il est impossible que tu entres dans ce château, puisque les girouettes qui surmontent les plus hautes tours vont à peine à ton épaule.
Frite se rendit à cette raison et se tut; mais, au bout d'un instant, voyant que les messieurs et les dames se promenaient sans cesse, que les enfants dansaient toujours, que le monsieur au manteau de fourrures se montrait et disparaissait intervalles égaux, et que le parrain Drosselmayer ne quittait pas sa porte, il dit d'un ton fort désillusionné:
—Parrain Drosselmayer, si toutes tes petites figures ne savent pas faire autre chose que ce qu'elles font et recommencent toujours à faire la même chose, demain tu peux les reprendre, car je ne m'en soucie guère, et j'aime bien mieux mon cheval, qui court à ma volonté, mes hussards, qui manoeuvrent à mon commandement, qui vont à droite et à gauche, en avant, en arrière, et qui ne sont enfermés dans aucune maison, que tous tes pauvres petits bonshommes qui sont obligés de marcher comme la mécanique veut qu'ils marchent.
Et, à ces mots, il tourna le dos à parrain Drosselmayer et à son château, s'élança vers la table, et rangea en bataille son escadron de hussards.