—Oh! que non, reprit Marie; et le parrain Drosselmayer sait bien que je dis la vérité, lui.

Mais le parrain, sans rien répondre, faisait d'affreuses grimaces, comme un homme qui eût été sur des charbons ardents; puis, tout à coup, il se mit à dire d'une voix nazillarde et monotone:

Perpendicule
Doit faire ronron.
Avance et recule,
Brillant escadron!
L'horloge plaintive
Va sonner minuit;
La chouette arrive
Et le roi s'enfuit,

Perpendicule
Doit faire ronron.
Avance et recule,
Brillant escadron!

Marie regardait le parrain Drosselmayer avec des yeux de plus en plus hagards; car il lui semblait encore plus hideux que d'habitude. Elle aurait eu une peur atroce du parrain, si sa mère n'eût été présente, et si Fritz, qui venait d'entrer, n'eût interrompu cette étrange chanson par un éclat de rire.—Sais-tu bien, parrain Drosselmayer, lui dit Fritz, que tu es extrêmement bouffon aujourd'hui? Tu fais des gestes comme mon vieux polichinelle, que j'ai jeté derrière le poêle, sans compter ta chanson, qui n'a pas le sens commun.

Mais la présidente demeura fort sérieuse.

—Cher monsieur le conseiller de médecine, dit-elle, voilà une singulière plaisanterie que celle que vous nous faites là, et qui me semble n'avoir d'autre but que de rendre Marie plus malade encore qu'elle ne l'est.

—Bah! répondit le parrain Drosselmayer, ne reconnaissez-vous pas, chère présidente, cette petite chanson de l'horloger que j'ai l'habitude de chanter quand je viens raccommoder vos pendules?

Et, en même temps, il s'assit tout contre le lit de Marie, et lui dit précipitamment:

—Ne sois pas en colère, chère enfant, de ce que je n'ai pas arraché de mes propres mains les quatorze yeux du roi des souris; mais je savais ce que je faisais, et aujourd'hui, comme je veux me raccommoder avec toi, je vais te raconter une histoire.