—Frère, tu es sauvé! Frère, tu n'iras pas en prison! Frère, ou je me trompe fort, ou c'est moi qui possède la noisette Krakatuk.

Et, sur ce, sans donner aucune autre explication à son frère ébahi, Christophe-Zacharias s'élança hors de l'appartement, et revint un instant après, rapportant une boîte dans laquelle était une grosse aveline dorée qu'il présenta au mécanicien.

Celui-ci, qui n'osait croire à tant de bonheur, prit en hésitant la noisette, la tourna et la retourna de toute façon, l'examinant avec l'attention que méritait la chose, et, après l'examen, déclara qu'il se rangeait à l'avis de son frère, et qu'il serait fort étonné si cette aveline n'était pas la noisette Krakatuk; sur quoi, il la passa à l'astrologue, et lui demanda son opinion.

Celui-ci examina la noisette avec non moins d'attention que ne l'avait fait maître Drosselmayer, et, secouant la tête, il répondit:

—Je serais de votre avis et, par conséquent, de celui de votre frère, si la noisette n'était pas dorée; mais je n'ai vu nulle part dans les astres que le fruit que nous cherchons dût être revêtu de cet ornement. D'ailleurs, comment votre frère aurait-il la noisette Krakatuk?

—Je vais vous expliquer la chose, dit Christophe, et comment elle est tombée entre mes mains, et comment il se fait qu'elle ait cette dorure qui vous empêche de la reconnaître, et qui effectivement ne lui est pas naturelle.

Alors, les ayant fait asseoir tous deux, car il pensait fort judicieusement qu'après une course de quatorze ans et neuf mois, les voyageurs devaient être fatigués, il commença en ces termes:

—Le jour même où le roi t'envoya chercher, sous prétexte de te donner la croix, un étranger arriva à Nuremberg, portant un sac de noisettes qu'il avait à vendre; mais les marchands de noisettes du pays, qui voulaient conserver le monopole de cette denrée, lui cherchèrent querelle, justement devant la porte de ta boutique. L'étranger alors, pour se défendre plus facilement, posa à terre son sac de noisettes, et la bataille allait son train, à la grande satisfaction des gamins et des commissionnaires, lorsqu'un chariot pesamment chargé passa justement sur le sac de noisettes. En voyant cet accident, qu'ils attribuèrent à la justice du ciel, les marchands se regardèrent comme suffisamment vengés, et laissèrent l'étranger tranquille. Celui-ci ramassa son sac, et, effectivement, toutes les noisettes étaient écrasées, à l'exception d'une seule, qu'il me présenta en souriant d'une façon singulière, et m'invitant l'acheter pour un zwanziger neuf de 1720, disant qu'un jour viendrait où je ne serais pas fâché du marché que j'aurais fait, si onéreux qu'il pût me paraître pour le moment. Je fouillai ma poche, et fut fort étonné d'y trouver un zwanziger tout pareil à celui que demandait cet homme. Cela me parut une coïncidence si singulière, que je lui donnai mon zwanziger; lui, de son côté, me donna la noisette, et disparut.

«Or, je mis la noisette en vente, et, quoique je n'en demandasse que le prix qu'elle m'avait coûté, plus deux kreutzers, elle resta exposée pendant sept ou huit ans sans que personne manifestât l'envie d'en faire l'acquisition. C'est alors que je la fis dorer pour augmenter sa valeur; mais j'y dépensai inutilement deux autres zwanzigers, la noisette est restée jusqu'aujourd'hui sans acquéreur. En ce moment l'astronome, entre les mains duquel la noisette était restée, poussa un cri de joie. Tandis que maître Drosselmayer écoutait le récit de son frère, il avait, à l'aide d'un canif, gratté délicatement la dorure de la noisette, et, sur un petit coin de la coquille, il avait trouvé gravé en caractères chinois le mot KRAKATUK. Dès lors il n'y eut plus de doute, et l'identité de la noisette fut reconnue.

Comment, après avoir trouvé la noisette Krakatuk, le mécanicien et l'astrologue trouvèrent le jeune homme qui devait la casser.