Il y avait une fois, dans la ville de Nuremberg, un président fort considéré qu'on appelait M. le président Silberhaus, ce qui veut dire maison d'argent.
Ce président avait un fils et une fille.
Le fils, âgé de neuf ans, s'appelait Fritz.
La fille, âgée de sept ans et demi, s'appelait Marie.
C'étaient deux jolis enfants, mais si différents de caractère et de visage, qu'on n'eût jamais cru que c'étaient le frère et la soeur.
Fritz était un bon gros garçon, joufflu, rodomont, espiègle, frappant du pied à la moindre contrariété, convaincu que toutes les choses de ce monde étaient créées pour servir à son amusement ou subir son caprice, et demeurant dans cette conviction jusqu'au moment où le docteur, impatienté de ses cris et de ses pleurs, ou de ses trépignements, sortait de son cabinet, et, levant l'index de la main droite à la hauteur de son sourcil froncé, disait ces seules paroles:
—Monsieur Fritz!…
Alors Fritz se sentait pris d'une énorme envie de rentrer sous terre.
Quant à sa mère, il va sans dire qu'à quelque hauteur qu'elle levât le doigt ou même la main, Fritz n'y faisait aucune attention.
Sa soeur Marie, tout au contraire, était une frêle et pâle enfant, aux longs cheveux bouclés naturellement et tombant sur ses petites épaules blanches, comme une gerbe d'or mobile et rayonnante sur un vase d'albâtre. Elle était modeste, douce, affable, miséricordieuse à toutes les douleurs, même à celles de ses poupées; obéissante au premier signe de madame la présidente, et ne donnant jamais un démenti même à sa gouvernante, mademoiselle Trudchen; ce qui fait que Marie était adorée de tout le monde.