—Dame! assez cher, fit le rémouleur; mais, moi, je suis bon garçon: donnez-moi votre perdrix, je vous donnerai ma meule. Ça vous va-t-il?
—Parbleu! est-ce que cela se demande? dit Nicolas; puisque j'aurai de l'argent chaque fois que je mettrai la main à la pierre, de quoi m'inquiéterais-je maintenant?
Et il donna sa perdrix au rémouleur, et prit la vieille meule que l'autre avait mise au rebut.
Puis, la pierre sous le bras, il partit, le coeur plein de joie et les yeux brillants de satisfaction.
—Il faut que je sois né coiffé! se dit Nicolas; je n'ai qu' souhaiter pour que mon souhait soit exaucé!
Cependant, après avoir fait une lieue ou deux, comme il était en marche depuis le point du jour, il commença, alourdi par le poids de la meule, à se sentir très fatigué; la faim aussi le tourmentait, ayant mangé le matin ses provisions de toute la journée, tant sa joie était grande, on se le rappelle, d'avoir troqué sa vache pour un cheval! A la fin, la fatigue prit tellement le dessus, que, de dix pas en dix pas, il était forc de s'arrêter; la meule aussi lui pesait de plus en plus, car elle semblait s'alourdir au fur et à mesure que ses forces diminuaient.
Il arriva, eu marchant comme une tortue, au bord d'une fontaine où bouillonnait une eau aussi limpide que le ciel qu'elle reflétait; c'était une source dont on ne voyait pas le fond.
—Allons, s'écria Nicolas, il est dit que j'aurai de la chance jusqu'au bout; au moment où j'allais mourir de soif, voilà une fontaine!
Et, posant sa meule an bord de la source, Nicolas se mit à plat ventre, et but à sa soif pendant cinq minutes.
Mais, en se relevant, le genou lui glissa; il voulut se retenir la meule, et, en se retenant, il poussa la pierre, qui tomba l'eau et disparut dans les profondeurs de la source.