Si Marguerite avait dû me répondre, elle m'eût répondu depuis longtemps.
Alors, je me mis à regretter les termes de ma lettre; j'aurais dû me taire complètement, ce qui eût sans doute fait faire une démarche à son inquiétude; car, ne me voyant pas venir au rendez-vous la veille, elle m'eût demandé les raisons de mon absence, et alors seulement j'eusse dû les lui donner. De cette façon, elle n'eût pu faire autrement que de se disculper, et ce que je voulais, c'était qu'elle se disculpât. Je sentais déjà que, quelques raisons qu'elle m'eût objectées, je les aurais crues, et que j'aurais mieux tout aimé que de ne plus la voir.
J'en arrivai à croire qu'elle allait venir elle-même chez moi, mais les heures se passèrent et elle ne vint pas.
Décidément, Marguerite n'était pas comme toutes les femmes, car il y en a bien peu qui, en recevant une lettre semblable à celle que je venais d'écrire, ne répondent pas quelque chose.
À cinq heures, je courus aux Champs-Elysées.
—Si je la rencontre, pensais-je, j'affecterai un air indifférent, et elle sera convaincue que je ne songe déjà plus à elle.
Au tournant de la rue Royale, je la vis passer dans sa voiture; la rencontre fut si brusque que je pâlis. J'ignore si elle vit mon émotion; moi, j'étais si troublé que je ne vis que sa voiture.
Je ne continuai pas ma promenade aux Champs-Elysées. Je regardai les affiches des théâtres, car j'avais encore une chance de la voir.
Il y avait une première représentation au Palais-Royal. Marguerite devait évidemment y assister.
J'étais au théâtre à sept heures.