On s'achemina lentement dans la direction de la tombe de Marguerite. Le commissaire marchait le premier, Armand et moi nous le suivions à quelques pas.
De temps en temps, je sentais tressaillir convulsivement le bras de mon compagnon, comme si des frissons l'eussent parcouru tout à coup. Alors, je le regardais; il comprenait mon regard et me souriait, mais, depuis que nous étions sortis de chez lui, nous n'avions pas échangé une parole.
Un peu avant la tombe, Armand s'arrêta pour essuyer son visage qu'inondaient de grosses gouttes de sueur.
Je profitai de cette halte pour respirer, car moi-même j'avais le cœur comprimé comme dans un étau.
D'où vient le douloureux plaisir qu'on prend à ces sortes de spectacles! Quand nous arrivâmes à la tombe, le jardinier avait retiré tous les pots de fleurs, le treillage de fer avait été enlevé, et deux hommes piochaient la terre.
Armand s'appuya contre un arbre et regarda.
Toute sa vie semblait être passée dans ses yeux.
Tout à coup une des deux pioches grinça contre une pierre.
À ce bruit, Armand recula comme à une commotion électrique, et me serra la main avec une telle force qu'il me fit mal.
Un fossoyeur prit une large pelle et vida peu à peu la fosse; puis, quand il n'y eut plus que les pierres dont on couvre la bière, il les jeta dehors une à une.