À partir de ce jour, je rencontrai souvent Marguerite au spectacle, aux Champs-Elysées. Toujours même gaieté chez elle, toujours même émotion chez moi.
Quinze jours se passèrent cependant sans que je la revisse nulle part. Je me trouvai avec Gaston, à qui je demandai de ses nouvelles.
—La pauvre fille est bien malade, me répondit-il.
—Qu'a-t-elle donc?
—Elle a qu'elle est poitrinaire, et que, comme elle a fait une vie qui n'est pas destinée à la guérir, elle est dans son lit et qu'elle se meurt.
Le cœur est étrange; je fus presque content de cette maladie.
J'allai tous les jours savoir des nouvelles de la malade, sans cependant m'inscrire, ni laisser ma carte. J'appris ainsi sa convalescence et son départ pour Bagnères.
Puis, le temps s'écoula, l'impression, sinon le souvenir, parut s'effacer peu à peu de mon esprit. Je voyageai; des liaisons, des habitudes, des travaux prirent la place de cette pensée, et, lorsque je songeais à cette première aventure, je ne voulais voir ici qu'une de ces passions comme on en a lorsque l'on est tout jeune, et dont on rit peu de temps après.
Du reste, il n'y aurait pas eu de mérite à triompher de ce souvenir, car j'avais perdu Marguerite de vue depuis son départ, et, comme je vous l'ai dit, quand elle passa près de moi, dans le corridor des Variétés, je ne la reconnus pas.
Elle était voilée, il est vrai; mais si voilée qu'elle eût été, deux ans plus tôt, je n'aurais pas eu besoin de la voir pour la reconnaître: je l'aurais devinée.